Prévenir et réduire l’anxiété politique au travail : comment les organisations peuvent limiter les risques et soutenir leurs collaborateurs

Que ce soit au sein des Comex ou des sites de production, les collaborateurs sont de plus en plus affectés par les tensions géopolitiques. Les conflits au Moyen-Orient, au Soudan et en Ukraine ont renforcé un climat d’incertitude, de polarisation et de mobilisation sociale.
Pour beaucoup, l’exposition continue aux crises humanitaires et aux discours clivants alimente l’anxiété, le sentiment d’impuissance et la détresse émotionnelle, même lorsque les événements se déroulent à des milliers de kilomètres.
À cela s’ajoutent l’inflation, la hausse du coût de la vie, les débats sur les migrations et les différends territoriaux, faisant rapidement basculer cette charge émotionnelle dans la culture d’entreprise et les dynamiques de travail.
86 % des responsables RH et dirigeants en Europe1 estiment qu’il est difficile de gérer les discussions politiques et les croyances divisives au travail.
Ces tendances se confirment dans le rapport Perspectives des risques 2025 d’International SOS : 65 %2 des organisations identifient le stress et l’anxiété politiques comme des risques majeurs, et 78 % anticipent un impact direct du stress et de l’épuisement sur la performance globale cette année.
Pour les employeurs dont les équipes sont réparties sur des zones à risques variés, comprendre les mécanismes de l’anxiété politique et ses impacts sur la performance, la sécurité et le bien-être relève désormais pleinement du Devoir de protection.
Les conséquences physiques et psychologiques peuvent être significatives. Prendre en charge cette responsabilité commence par l’identification du risque, l’évaluation de son impact et la mise en place de dispositifs de soutien proactifs visant à réduire durablement l’exposition.
L’anxiété politique correspond à une réponse de stress chronique déclenchée par des événements politiques, des élections, des changements de politiques publiques, des conflits internationaux ou des crises nationales.
La littérature scientifique met en evidence une corrélation claire entre la politico-anxiété et les troubles du sommeil, l’irritabilité et, dans les cas les plus graves des symptômes dépressifs ou des idées suicidaires lors de périodes de forte tension.
L’impact global est sans équivoque : l’anxiété politique fragilise la santé mentale, la performance et le bien-être psychologique des collaborateurs.

L’infodémie : la surabondance d’informations politisées sur les réseaux sociaux et les médias rend la déconnexion difficile. Les récits polarisants accroissent le stress et la désinformation ajoute une charge cognitive supplémentaire. Un phénomène désormais amplifié par l’essor de l’intelligence artificielle : selon une étude, près de 50 % des contenus circulant aujourd’hui sur Internet seraient générés par des machines3.
Les préoccupations économiques : l’incertitude politique et géopolitique influence la sécurité de l’emploi et la stabilité financière des foyers.
Les changements fréquents de politiques et de réglementations : ils génèrent ambiguïté, inquiétude et manque de visibilité sur les rôles et les perspectives à long terme.
Les crises internationales : conflits, terrorisme et urgences humanitaires peuvent particulièrement affecter les collaborateurs ayant des liens personnels avec les régions concernées.
Elle altère la concentration, ralentit la prise de décision, diminue la productivité et augmente le risque d’erreurs, notamment dans les secteurs à haut risque comme l’énergie, les transports ou la sécurité.
Elle fragilise la cohésion des équipes et la sécurité psychologique, en particulier dans les environnements multiculturels et internationaux.
Les collaborateurs peuvent limiter leurs déplacements professionnels, entraînant une hausse de l’absentéisme et une baisse de la mobilité. À long terme, une anxiété prolongée peut conduire à des troubles anxieux ou dépressifs nécessitant un accompagnement clinique et un arrêt de travail.
Pour répondre efficacement à l'anxiété politique, il faut intégrer pleinement le soutien sur cette question dans la culture d'entreprise et les opérations quotidiennes plutôt que de le traiter comme une campagne ponctuelle.
Nous constatons une augmentation du nombre de demandes de stratégies visant à aider les organisations à gérer les répercussions de l'inquiétude politique.
Morgan MacDonald - Responsable Bien-être et Santé mentale (W&MH), Europe et Afrique, International SOS
Ensemble, ces actions transforment le devoir de diligence en pratique quotidienne.
À mesure que l’instabilité sociopolitique s’intensifie, les organisations qui banalisent le recours à l’aide, investissent dans la résilience et encouragent une communication psychologiquement sécurisée sont mieux préparées pour préserver durablement leur performance.
Les dirigeants y jouent un rôle déterminant : en reconnaissant l’anxiété politique comme un risque psychosocial à part entière, en posant des limites saines face à la surcharge informationnelle et en associant leurs messages à des dispositifs de soutien accessibles, ils permettent aux collaborateurs de rester concentrés sur leur travail et de mieux récupérer lorsque le stress externe atteint son maximum.