Concevoir un programme de vaccination contre la Covid-19

La pandémie met à rude épreuve la capacité des organisations à protéger de manière proactive la santé et le bien-être de leurs collaborateurs. L’accélération du développement de vaccins n’est que l’un des nombreux éléments qui impactent la résilience des entreprises.
Retour sur les bonnes pratiques en matière de santé et de prévention.

 

Image d'une salarié se faisant vacciner

Les campagnes de vaccination varient considérablement d’un pays à l’autre en fonction de la réglementation en vigueur. Dans ce contexte inédit, comment les organisations peuvent-elles concevoir un programme de vaccination en toute conformité ?

1. Interroger les données

L’accès à des informations précises et à jour est clé pour favoriser la prise de décision et l’élaboration de politiques pertinentes. L’« infodémie » que nous connaissons actuellement a révélé à quel point la sélection des sources, la validation, la compilation et l’actualisation constante des données peuvent s’avérer difficiles pour les entreprises. Souvent, le rôle des personnes en charge de l’information n’est pas suffisamment clair. De même, les responsabilités en la matière sont parfois réparties entre plusieurs départements.

Une gestion centralisée des données permet de garantir leur qualité et leur cohérence. Dans un contexte où les situations nationales évoluent quotidiennement, suivre l’évolution de la vaccination est essentiel. Lorsqu’elles sont analysées par un professionnel de santé, ces données permettent de déceler des tendances et des risques spécifiques à votre organisation et peuvent aider à établir des comparaisons avec des industries similaires. L’analyse des données relatives à un pays favorise lélaboration d’un plan structuré basé sur le profil de votre organisation. Ce profil dépend de facteurs tels la localisation de votre ou vos site(s), les réglementations gouvernementales et vos populations.

 

2. Anticiper les inquiétudes des collaborateurs

Au-delà de la diffusion d’informations précises et récentes à vos collaborateurs, il est important d’impliquer les parties prenantes dans l’identification des défis, des risques et des objectifs de votre organisation.


Les questions suivantes doivent être évoquées :

  • Qui sera responsable du programme de vaccination ?
  • Quels risques majeurs pourraient per turber les activités de l’entreprise ?
  • Parmi mes collaborateurs, quelles personnes sont les plus à risque ?
  • Parmi mes collaborateurs, quelles personnes sont les plus à risque ?
  • Comment devons-nous communiquer sur la vaccination auprès de nos collaborateurs ?
  • De quelles spécificités culturelles ou nationales devons-nous être consc ient s conc e rnant la vaccination ?

 

3. Favoriser une communication ouverte au sein de votre organisation

Il est important de faire preuve de transparence vis-à-vis de vos collaborateurs et de leur offrir plusieurs canaux de communication.
Partager fréquemment des informations vérifiées et approuvées avec vos employés leur permettra de prendre des décisions éclairées concernant leur santé et leur bien-être.

 

4. Produire des rapports et ajuster ses pratiques

La collecte de données et la production de rapports précis concernant votre programme de vaccination peuvent contribuer à un meilleur suivi, source d’adhésion au programme. Cela peut s’avérer obligatoire dans certains secteurs. Partager régulièrement des rapports concernant les avancées, les réussites et les défis du programme permet aux parties prenantes d’être informées et rassurées quant à l’efficacité du plan.

 

L'ANDRH pose 3 Questions au Dr Philippe Guibert, directeur médical régional, Consulting & Solutions d'International SOS

Quel est votre retour d’expérience sur le lancement de la vaccination en entreprise ?

Philippe Guibert : Au niveau français, l’initiative est bonne mais elle se trouve confrontée à des limites logistiques (disponibilité des doses, parfois peu de collaborateurs concernés…) qui expliquent qu’elle soit majoritairement mise en place dans les grandes structures. De plus, en parallèle de la vaccination par les médecins du travail, la vaccination s’est ouverte aux médecins traitants et aux pharmaciens. À l’international, quelques pays l’ont également autorisée sur le lieu de travail et on observe que ce sont là encore les grandes structures, notamment dans l’industrie, qui ont organisé des campagnes de vaccination, en accord avec les États. De manière générale et à l’heure actuelle, la vaccination est un dispositif complémentaire qui ne se substitute pas au respect des gestes barrières.


Où s’arrête et où commence la responsabilité des RH et de la médecine du travail ?

P.G. : Leurs rôles sont complémentaires. Les RH ont le rôle de promouvoir la santé de leurs collaborateurs, et la pandémie renforce l’acuité de ce rôle. Les collaborateurs sont d’ailleurs en attente de ceci de la part de l’employeur. Les responsabilités RH sont, en résumé :

  1.  la surveillance de l’actualité de la vaccination dans les pays dans lesquels l’entreprise est implantée ;
  2. le partage d’information aux collaborateurs de manière dépassionnée sans se substituer aux médecins et à l’État ;

  3. la facilitation de la vaccination pour ceux qui le souhaitent.

La médecine du travail a quant à elle le rôle de partager l’information médicale au niveau individuel pour aider à la prise de décision, et au niveau du management
d’entreprise notamment dans les entreprises ayant un service intra de santé au travail.

 

Quels sont les écueils à éviter en tant que professionnel RH dans cette démarche ?

P.G. : Il est important de ne pas interférer sur le choix de la vaccination car il s’agit d’une décision intime et personnelle. D’autre part, il faut être en capacité de gérer cette situation transitoire dans laquelle l’entreprise accueille des personnes vaccinées et nonvaccinées, en rappelant que les règles sanitaires s’appliquent à tous. Enfin, il est nécessaire de s’intéresser dès maintenant aux débats sur l’accès aux informations médicales en matière de déplacements professionnels. À l’heure actuelle, certaines entreprises dans certains pays demandent par exemple des passeports vaccinaux à leurs prestataires en déplacement dans leurs locaux. Il faut donc être en mesure de connaître ces nouvelles règles. Enfin, un écueil à éviter est d’être le seul à gérer le sujet car la vaccination dépasse le cadre RH (sécurité, mobilité, continuité de l’activité…).